MÉDIA
Dans la légende de la Grange de Meslay
Publié le 9/06/26

« La Grange de Meslay c’est un mythe, une légende, celle de Sviatoslav Richter découvrant le lieu, à quelques encablures de Tours, dans les années 60. C’est d’ailleurs l’effigie sculptée du pianiste russe qui accueille les familiers d’un festival lancé en 1964… », Jean-Jacques Rousseau (Bachtrack).

L’attraction du lendemain dimanche matin c’est elle, silhouette fluette mais regard décidé : Arielle Beck convainc d’abord par l’intelligence de son programme et par sa manière – qui n’est qu’aux grands artistes – d’installer sa démarche, sa présence, une identité musicale et sonore. La Suite anglaise BWV 807 de Bach part un peu mécanique et corsetée et se libère peu à peu, avant un Rondo KV 511 de Mozart où le mouvement interne, la dimension lyrique pourraient émerger avec plus d’apparat et même de fantaisie. Et puis c’est Mendelssohn, ce Prélude et Fugue op. 35 n° 1 où le piano s’agrandit, de déploie en volutes organistiques.

On se demande pourquoi, pour conclure, avoir choisi la Première Sonatede Hindemith ; est-ce un hommage à Richter, grand fan du compositeur allemand et longtemps un des seuls interprètes de son Ludus Tonalis ? Arielle Beck parvient à nous convaincre que c’est de la grande musique, en en gommant les systématismes, en donnant une fraicheur inattendue aux mouvements vifs. Mais c’est avec son bis qu’elle va marquer les cœurs et les esprits : sur les traces de Cziffra, elle enlève avec un panache inouï, une virtuosité sans limites, le condensé fabuleux que Liszt réalise du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn. La jeune pianiste de 16 ans vient de faire à son tour son entrée dans la légende de la Grange de Meslay.

Jean-Pierre Rousseau

Photo © Gérard Proust