Entre tradition et renouveau
Récital à La Grange de Meslay. La recension de François Hudry (Crescendo Magazine).
C’est bien connu, la valeur n’attend point le nombre des années et Corneille aurait sans doute goûté ce récital exceptionnel donné par la jeune pianiste et compositrice Arielle Beck. Cette surdouée, simple et adorable, a stupéfié une fois de plus le public. Du haut de ses 17 ans, cette frêle jeune fille a subjugué son auditoire par son autorité et par sa maturité dans un récital agencé avec intelligence et curiosité. Dès les premières notes du Prélude de la Suite anglaise N° 2, BWV 807 de Johann Sebastian Bach, notre oreille était titillée par un jeu d’une clarté absolue rendant immédiatement intelligible les contrepoints savants du Cantor qui allaient irriguer toute la suite de son programme avec le Prélude et Fugue op. 35/1 de Mendelssohn et l’assez indigeste Sonate N° 1 de Paul Hindemith qui semblait toutefois moins scholastique sous les doigts et la pensée d’Arielle Beck.
Au milieu de toutes ces pièces à l’écriture rigoureuse, le merveilleux Rondo en la mineur, K. 511 de Mozart apportait une oasis de lumière et de mystère avec son thème énigmatique d’une poignante nostalgie revenant comme le refrain d’une boîte à musique de rêve… brutalement suivi par une version époustouflante de virtuosité joyeusement assumée de la Paraphrase sur le Marche nuptiale du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn d’un Franz Liszt particulièrement en verve offerte en bis. Arielle Beck s’est jouée de toutes les chausse-trappes avec une aisance qui faisait plaisir à voir et à entendre.
François Hudry
Photo © Gérard Proust